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Les relations russo-turques se sont à nouveau dégradées. Ankara, avec le soutien des États-Unis, a une attitude extrêmement négative vis-à-vis des plans militaires et des actions de Damas et de Moscou dans la zone de désescalade (ZD) d'Idlib. Des déclarations dans ce sens ont été faites lundi et mardi par des responsables du ministère turc de la défense et du département d'Etat américain. Selon les experts, une véritable guerre commence, dans la zone d'Idlib, entre Ankara et Damas, dans laquelle Moscou est aussi impliqué.

Le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine avant le début des négociations avec le président français Emmanuel Macron a affirmé la détermination de Moscou à soutenir "les efforts de l'armée syrienne pour mener des opérations locales afin d'arrêter les menaces terroristes. Il n'a jamais été dit que les terroristes pourraient se concentrer dans la zone d'Idlib et qu'ils s'y sentiraient à l'aise".

C'est la première déclaration récente d'un haut dirigeant de la Fédération de Russie dans ce domaine. Elle clarifie les objectifs futurs de Moscou dans la ZD «Idlib». En Syrie, c'est la dernière zone de désescalade, dans laquelle se sont concentrés les restes des groupes terroristes (au moins 80 000 personnes). Et ils font, selon les dirigeants russes, des "incursions constantes". "De plus, ce qui est particulièrement dangereux - a déclaré M. Poutine - c'est que nous assistons à un mouvement de terroristes depuis cette zone vers d'autres régions du monde."

Le président russe se tait sur le rôle négatif de la Turquie dans ce processus. Les médias syriens et occidentaux ont rapporté à plusieurs reprises qu'Ankara approvisionnait les combattants opérant dans la zone d'Idlib en armes, véhicules blindés et munitions. C'est peut-être grâce à cela qu'ils ont renforcé leurs positions à Idlib. Poutine, en contact avec des journalistes en France, a souligné que ces dernières années, les territoires qui sont contrôlés par les terroristes dans le ZD "Idlib", a augmenté de manière significative – de 50 à 90%.


Poutine a déclaré cela, alors qu'il y avait déjà eu un incident à Idlib impliquant une frappe aérienne sur une colonne militaire turque avec des armes et des munitions destinées, selon les médias syriens, aux terroristes assiégés dans la ville de Khan Cheikhoun. La localité est l'une des principales sur la route stratégique M5 Alep–Damas, contrôlée ces cinq dernières années par les groupes armés illégaux, y compris des proturcs.

Selon des témoins proches de l'opposition syrienne, un raid aérien sur une colonne militaire turque près de Khan Cheikhoun a été effectué "à la fois par des avions de combat syriens et russes". Bien que officiellement, le ministère turc de la défense a accusé l'armée de l'air syrienne de la frappe sur le convoi. Il a été souligné que cela était "contraire aux accords d'Ankara et de Moscou sur la Syrie". En outre, le ministère a déclaré qu'il "s'attend à ce que la Russie prenne des mesures pour prévenir de futures frappes contre des militaires turcs sur le territoire syrien", menaçant d'opérer une riposte militaire si une telle tentative se reproduisait.

Selon des sources russes, après la frappe aérienne sur la colonne militaire turque, Ankara a envoyé dans le ciel des chasseurs F-16 qui ont violé l'espace aérien syrien en se dirigeant vers la ville de Khan Cheikhoun. Selon la publication d'information et d'analyse free-news.su, le ministère turc de la défense l'a fait, "en essayant de se venger des avions des forces aérospatiales (VKS) de la Fédération de Russie".

 

Hier le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a appelé le gouvernement syrien à "ne pas jouer avec le feu" à Idlib.

"Le régime ne doit pas jouer avec le feu, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour assurer la sécurité de nos soldats. Mais nous espérons que cela n'arrivera pas. Nous devons nous concentrer sur le processus politique dès que possible", a déclaré le ministre.

Cavusoglu a noté que la partie turque ne changerait pas l'emplacement de son poste d'observation à Idlib en raison de tirs. "Nous n'avons aucune intention de transférer le neuvième poste à un autre endroit. Les collègues prendront les mesures nécessaires pour assurer la sécurité dans la région", a-t-il expliqué.

Les médias syriens et occidentaux rapportent que dans la nuit du 20 août, les troupes du président syrien Bachar Al-Assad et les formations alliées, avec le soutien des forces aériennes russes, "sont entrées et ont libéré au moins une grande partie de la ville de Khan Cheikhoun". D'ailleurs, le porte-parole du Front de libération nationale, Youssef Hammoud, a déclaré à La chaîne Al Jazeera qu'avec le soutien de la Turquie les bandes armées de l'opposition avaient réussi à transférer des renforts à Khan Cheikhoun pour repousser les troupes d'Assad : "Nos détachements se sont déjà établis sur des positions où se trouvent les combattants qui défendent la ville". L'armée russe est à Idlib, Moscou suit la situation dans cette région de la Syrie, a déclaré, hier, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov. "Naturellement, nous ne faisons pas seulement qu'observer la situation, nos militaires sont "au sol", a déclaré Lavrov.

Portail anna-news.info cite à cet égard l'analyste libanais Nidal Sabi, qui estime que l'intervention d'Ankara dans les événements du front à Idlib était attendue depuis longtemps. "Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, la perte de la tête de pont de l'opposition armée à Idlib, où ses alliés de la branche syrienne de l'Association des "Frères musulmans", équivaut à une défaite dans sa campagne militaire de huit ans", - a déclaré l'expert. Selon lui, Idlib est un atout que le leader turc ne veut pas perdre.


Le lieutenant-général Youri Netkachev, expert militaire, est d'accord avec de telles conclusions. "Malheureusement, la Turquie va de plus en plus lutter contre l'offensive des forces gouvernementales syriennes dans le ZD "Idlib". On peut s'attendre à de véritables combats à grande échelle entre les forces syriennes et turques. Les forces militaires russes sont, elles aussi, déjà impliquées dans cette confrontation", a-t-il déclaré au journal Nezavissimaya Gazeta.

L'expert a rappelé que "Ankara et les bandes armées qu'elle soutient n'ont pas une fois frappé nos avions en Syrie. Mais récemment, nos postes d'observation ont été bombardés par les forces proturques." Le général estime qu'il y a deux issues à la situation: "la première est un combat plus déterminé des troupes pour l'élimination des combattants intransigeants dans la ZD "Idlib". La seconde est la cessation des opérations militaires et le début des négociations."

"Nous suivons la deuxième voie dans la zone d'Idlib depuis plusieurs années, et les résultats ne sont pas visibles - note l'interlocuteur - Ankara utilise une trêve pour soutenir les terroristes. Donc, je pense que la première option va être préférée. Mais, en général, personne en Russie ne veut se disputer avec Ankara. Par conséquent, Moscou, en luttant contre les bandes armées proturques, fait mine de ne pas remarquer les actions agressives de la Turquie".

 

Sources :

http://www.ng.ru/politics/2019-08-20/1_7654_idlib.html

http://www.ng.ru/world/2019-08-20/100_syr.html

https://www.interfax.ru/world/673377