A la fin du mois de juillet j'ai été invité à une entrevue avec Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front National. J'ai accepté, car il me semblait intéressant de recueillir l'avis d'un homme connu au-delà des frontières françaises pour parler de la Russie et de son rôle dans le monde. J'ai donc recueilli ces propos, sans a priori et sans polémiques inutiles. J'ai essayé d'aller au fond des choses, tout en gardant mes propres convictions, que le lecteur pense devoir deviner s'il me lit régulièrement.

 

L'observateur du monde russe - Vladimir Poutine a déclaré que "la chute de l'URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du vingtième siècle", comment l'anticommuniste que vous êtes comprend cette phrase ?

Jean-Marie Le Pen - Je pense que Vladimir Poutine a voulu parler de la puissance géopolitique. Il pense à l'URSS puissance mondiale, et pas du tout au régime communiste, dont j'étais et je suis adversaire, aussi bien en Russie qu'ailleurs. Compte tenu du fait que je crois qu'on peut lui imputer le retard économique que M. Poutine s'efforce de combler... Retard économique et social, surtout !

Je vous rappelle une phrase de Stolypine en 1905 : "Avant quelques années la Russie battra les États-Unis sur le plan économique". C'eût été probablement le cas si, malheureusement, la révolution n'avait pas détruit les structures du pays et y faire régner le système que l'on sait et provoquer la volonté de puissance et de rayonnement idéologique, qui a coûté cher à l'URSS, parce qu'il a fallu financer tous ces mouvements dans le monde entier, les supporter, à Cuba, Guinée-Bissau et d'autres...

Donc je crois que cette phrase doit être prise dans son interprétation géopolitique et non idéologique.

Il est bien évident que cela a été un ébranlement extraordinaire et que le Président Poutine doit sa grande popularité au sentiment national du peuple russe, dépouillé de ses adjonctions, à la suite du démantèlement de l'empire. Il n'est resté que la République de Russie, tout le reste a pris de la distance.

Lors de la dernière mandature au parlement européen j'étais au groupe d'amitié Euro-russe et maintenant j'appartiens au groupe d'amitié Euro-Turkmenistan, Ouzbekistan, Kazakhstan ... bref, les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, pensant que je serais plus intéressé par l'évolution de ces pays-là plutôt que d'être au coeur d'une relation classique avec la Russie elle-même.

Comme preuve de mon indépendance, vous remarquerez qu'en soixante ans de vie publique je n'ai jamais été invité, ni à l'ambassade des États-unis, ni à l'ambassade de Russie.

Jean-Marie Le Pen, à moscou, lors d'une conférence de presse avec Sergueï Babourine en 2005

L'observateur du monde russe -  Au début de son premier mandat, Vladimir Poutine avait décidé de réintégrer des éléments de symbolique soviétique dans les symboles de l'Etat russe. Par exemple, il avait l'air de l'hymne soviétique et on avait repris les étoiles rouges sur le drapeau de l'armée russe, au côté de l'aigle impérial, au nom de l'unité nationale.

Jean-Marie Le Pen - Oui, je pense que Poutine a tenté et réussi, ma fois, une transition absolument imprévue, d'un régime totalitaire à un régime démocratique. Tout le monde s'attendait à des affrontements, à des règlements de comptes et je dois dire que le président Poutine a évité cela à son peuple et ce sera un avantage historique qui sera mis à son crédit.

 

L'observateur du monde russe - La Russie est engagée depuis de nombreuses années en Syrie, y compris à l'époque soviétique. Comment jugez-vous l'attitude de la Russie dans la guerre civile qui déchire ce pays, historiquement lié à la France ?

Jean-Marie Le Pen - Je dois dire que je sais très bien quel a été le rôle de la Syrie dans la stratégie soviétique, puis russe. Car la Russie n'a pas de fenêtre sur la mediterranée et sur les mers chaudes. Il y a eût aussi l'Egypte. La Syrie est restée un allié fidèle de la Russie et réciproquement. Je crois que l'alliance ne sera pas démentie, car ce sont des intérêts stratégiques de haute volée.

D'un autre côté on sait que tous les printemps arabes ont été provoqués par les services américains, probablement en liaison avec Israël. Je ne sais pas si le but était, mais le résultat a été de faire éclater ces pays et de remplacer desrégimes autoritaires, ou dictatoriaux, car dans ces pays cela oscille toujours entre le chaos et l'anarchie et la dictature. Le problème est que j'ai vu ces pays sous la dictature et je dirais que la vie y était infiniment plus démocratique que sous l'anarchie.

Que ce soit en Libye, que ce soit en Irak ou que ce soit en Syrie, la volonté américaine de déstabiliser ces régimes arabes autoritaires a abouti à un chaos généralisé de l'ensemble de ces territoires, entraînant des malheurs pour les peuples qui en sont les victimes.

 

L'observateur du monde russe - Vous avez fait remarquer que la Russie a une politique constante vis-à-vis de ces pays, pour quoi n'en-est-il pas de même de la France ?

Jean-Marie Le Pen - La France n'a pas les mêmes besoins : elle a une façade maritime. Elle a été peu de temps en charge de la Syrie après la guerre de 14-18. Elle a plus de liens avec le Liban et on sait que les liens entre la Syrie et le Liban n'ont pas toujours été au beau fixe. Comme de Gaulle disait : "Cet Orient mystérieux et complexe".

De toute façon la France n'a pas de politique étrangère, elle est alignée sur les États-Unis. Le président Sarkozy était appelé "l'américain". Il se baignait avec le président des États-Unis, il était très fier de cela. A la suite de cela on est revenu dans l'OTAN, dont nous étions sortis. Alors que l'OTAN avait comme justification de faire pièce à la menace soviétique sur l'Europe, autant maintenant elle ne se justifie pas sous cette forme-là.

En tout cas, les États-Unis poursuivent une politique d'encerclement. Comme si il y avait comme une sorte de viscosité de la politique américaine : on continue comme on faisait avant même si les circonstances ont changé. Même si la Russie n'est évidemment plus l'Union Soviétique, on voit bien que les tentatives d'influence dans cette région du monde peuvent être prises par les russes comme des actions hostiles voire même agressives.

L'intervention de l'inéffable M. Kerry en Ukraine le montre bien. Ce sont des boute-feu, des pousse-au-crime. Je me demande comment ce type là peut avoir des responsabilités comme celles de Secrétaire d'Etat, cela me paraît mirobolant. Alors que tout le monde constate, avec étonnement pour certains, sans surprise pour moi, la dignité et le calme, le sang-froid du Président Poutine dans cette affaire très complexe, très difficile.

La différence est tellement nette avec l'impuissance bavarde de l'union européenne, les interventions américaines là, mais aussi en Syrie où on sait bien que pour un certain nombre commandos l'amérique a fournit des armes, mais aussi des cadres  pour renverser Assad.

Malheureusement, tout cela ne tient pas compte des données fondamentales très inquiétantes, qui sont celles de la démographie mondiale. Parce que le continent européen, moi je suis un partisan de l'Europe boréale, celle qui va de Brest à Vladivostok, mon sentiment est que la Russie seule ne pourra pas garder la Sibérie et que d'un autre côté le Continent, y compris l'Europe de l'Ouest, ont besoin d'un grand espace géographique et géostratégique. Là la communauté des intérêts et la communauté des risques est telle que tout naturellement elle devrait nous conduire à une union "boréale", si j'ose dire, des nations, respectant les souverainetés, coordonnant les nations et n'étant pas la copie de l'union européenne actuelle, à vocation unitaire et fédérale.

Vous le savez aussi bien que moi, la Russie perd un million d'hommes par an. C'est le cas aussi de tous les autres pays européens qui ne s'en aperçoivent pas, parce qu'ils compensent cela par une immigration étrangère qu'ils ont été incapables d'assimiler et qui constituent autant de noyaux potentiellement dangereux dans leur propre communauté.

 

L'observateur du monde russe - L'alliance franco-russe a été, qu'elles que fussent les régimes de part et d'autre un déterminant fondamental de la politique extérieure française. Selon vous, dans quel état est-elle aujourd'hui ?

Jean-Marie Le Pen - Je crois que la Russie bénéficie dans le peuple français d'un sentiment favorable. Je crois même que malgré les attaques dont il est l'objet de part de ce que l'on pourrait appeler "l'univers médiatique", l'image du président Poutine est ressentie de façon positive par les français qui se disent dans le fond "on ferait pas mal de faire comme lui".

Je pense que l'évolution des choses va conduire à une modélisation, étend entendu que nous reconnaissons le droit de chaque nation souveraine à ses spécificités : la Russie n'est pas la France, la France n'est pas l'Espagne, l'Espagne n'est pas l'Allemagne. C'est l'illusion qu'avaient les fondateurs pro-américains de l'Europe, Messieurs Monnet, Coudenhove-Kalergi.

Je dois vous dire, si vous l'ignorez, qu'en 1957, j'ai voté contre le marché commun, contre le traité de Rome, non pas que l'opération puisse apparaître comme une opération technique d'amélioration du commerce international, mais parce que j'avais lu les livres de M. Monnet et de M. Coudenhove, qui disaient ouvertement que ce n'était qu'une étape dans un processus qui devait amener à une Europe fédérale, projet d'union analogue aux USA. Projet et raisonnement que je trouvais débile, car il n'y avait rien de commun entre de la Connecticut et la Belgique, entre la Floride et l'Espagne, entre la Californie et l'Allemagne, c'était différent à tout point de vue. Donc c'était un projet absurde, dangereux, car il prétendait dissoudre les nations historiques de l'Europe, ce qui me paraissait être un véritable crime contre l'histoire et contre l'avenir.

Je suis un grand eurosceptique !

Jean-Marie Le Pen, à Omsk avec Sergueï Babourine en 2003

L'observateur du monde russe - Quelle est l'image des voyages que vous avez fait en Russie et notamment à l'invitation de Mrs Jirinovski et Babourine ?

Jean-Marie Le Pen - J'ai fait aussi une croisière d'été, magnifique, de Saint-Petersbourg à Moscou, dont j'ai gardé un souvenir inoubliable.

J'ai reçu un excellent accueil. Vous savez, la Russie était très populaire chez les français, quand même, même à travers l'immigration russe. Les gens qui connaissent le tempérament russe, savent qu'il n'est pas le même que le tempérament français, mais a un côté chaleureux, auquel nous sommes sensibles.

Nous avons été très bien reçus. C'était la tournée des grands ducs, mais à l'étage au-dessous. C'est-à-dire, on a été reçu à l'académie des sciences, à la douma, à l'association des écrivains, par l'archimandrite Tikhon, le père spirituel de Vladimir Poutine. Sans parler des relations personnelles que j'ai avec le peintre Ilia Glazounov, qui est président de l'académie de peinture de Russie et qui est un ami depuis très longtemps.

Donc avec Jany, ma femme, on a toujours été bien accueillis. J'ai fait deux conférences : une à Moscou, une à l'université d'Omsk. Nous avons été pilotés par M. Babourine de façon remarquable, très amicale. Cela vous donnait envie de revenir !

 

L'observateur du monde russe - Pourriez-vous nous donner l'image qui vous a marqué le plus dans tous ces voyages?

Jean-Marie Le Pen - C'est difficile à dire, car c'est un vrai kaléidoscope, il y a plusieurs images...

Vous savez, il y a des moments émouvants... comme à un moment donné où les étudiants de l'université de Moscou à qui je faisais cette conférence, et que je trouvais un peu pâles d'ailleurs, nous apportaient des cartes postales en cadeau, cela m'avais beaucoup toûché.

Mais partout nous avons été reçu de façon fraternelle. A aucun moment il n'y a eût de faux pas ou d'inconfort. Mais enfin c'était très bien organisé !

La première fois, j'avais été invité pour le mariage de Vladimir Jirinovski, qui a été vexé de ne pas avoir été associé au voyage que j'avais fait la deuxième fois. Il m'avait demandé d'organiser la conférence de presse de ce voyage, je lui ai dit: "Je suis l'invité de M. Babourine, je ne peux pas. A une autre fois, peut-être".

Je me souviens d'un temps où M. Jirinovski ne pouvait pas sortir de l'aéroport Charles de Gaulle, il n'avait pas le droit de circuler en France. Bien qu'il était membre du Conseil de l'Europe. Bref, l'alignement de notre diplomatie conduisait à des réserves que je trouvais, pour ma part, déplorable, à l'égard de la puissance européenne et mondiale qu'est la Russie.

Jean-Marie Le Pen, à moscou, lors d'une conférence de presse avec Vladimir Jirinovski en 1996

L'observateur du monde russe - L'union européenne a pris des sanctions et elle menace de les aggraver contre la Russie.

Jean-Marie Le Pen - C'est de la flûte, ça !  Bien sûr, j'espère que les responsables européens ont mesuré le poids du boomerang, vous savez cet instrument que vous lancez et qui vous revient dans la main.

Sans doute, l'union européenne peu causer des dommages à l'économie russe, mais je ne vois pas l'avantage qu'elle pourrait en tirer. Mais en revanche, elle peut en subir des conséquences très dommageables pour l'économie européenne, qui n'a pas besoin de ça. Ceci me paraît être de la gesticulation pour M. Kerry. Pour qu'il ne se sente pas mal à l'aise dans les réunions internationales.

Malgré les déclarations verbavolante, je crois que l'Europe est hors du coup et même hors de tous les coups. Car enfin, l'Europe n'a pas de puissance militaire, que les pays qui la composent ne cessent de réduire leurs budgets, que la situation économique n'est pas bonne et que la situation démographique est déplorable.

A la différence de la Russie, les pays européens ont laissé se déverser un torrent migratoire, pour la France, de 250 à 300 000 par an. Qui, évidemment, dans l'incapacité de ces régimes faibles pour les assimiler, en trop grand nombre qu'ils étaient, ont constitué des communautés étrangères, qui constituent autant de points de pression sur notre politique étrangère, bien sûr. Alors que de surcroît, par l'union européenne, nous sommes pieds et poings liés, car nous n'avons plus de contrôles aux frontières. Nous sommes donc sans défense face à une poussée migratoire qui va s'aggraver considérablement dans les années qui viennent, dans les mois qui viennent même. On annonce pour le Nigeria, le chiffre de 440 millions d'habitants en 2040. L'Algérie, il y a cinquante était à 8 millions d'habitants, ils sont aujourd'hui 40, ils seront 70 dans 30 ans.

Il y a donc une poussée démographique dans le monde entier, il y a une dépression démographique dans toute l'Europe, de l'Atlantique à Vladivostok. Donc le danger est mortel pour nos nations, pour nos civilisations. Le Président Poutine a réagit par une politique démographique positive, familiale, nataliste, mais on sait que ces phénomènes démographiques sont lent dans leur évolution.

Je vous rappelle que notre premier affiche, il y a 42 ans disait "Avec nous, avant qu'il ne soit trop tard". Le général Mac Arthur disait "trop tard. Deux mots qui expliquent tous les échecs" : Avoir su trop tard, avoir compris trop tard, avoir agi trop tard.

 

L'observateur du monde russe - Comment qualifieriez-vous l'idéologie actuelle de la Russie ?

Jean-Marie Le Pen - Je crois que l'idéologie sous-tendue par la politique actuelle du Président Poutine, c'est une idéologie nationale ! C'est vrai que la Russie, Dieu merci pour elle ! constitue une nation, relativement homogène , avec des différences de latitude. C'est lié aussi à la religion orthodoxe, qui est un élément de la dynamique russe moderne. Ceci porte au soutien et à l'exaltation de vertus et de qualités qui sont antinomiques avec celles de la décadence européenne. Un contraste, si vous voulez entre ce que je considère être une politique vitale et une politique mortelle

L'observateur du monde russe - Justement, il est aussi très significatif de voir que cette "politique vitale" comme vous l'appelez, cette politique nataliste, cette politique de renouveau de la conscience nationale soit soutenue par tous les groupes politiques du parlement russe, sans exception.  Par exemple, c'est une députée socialiste russe, Mme Mizoulina qui a porté le projet de loi sur l'interdiction de la propagande homosexuelle en direction des mineurs, c'est aussi un député communiste qui a proposé une loi sur la défense des symboles nationaux.

Jean-Marie Le Pen - Quand j'ai parlé d'homogénéité , c'est aussi à cela que je pensais. C'est une communauté de pensée, même si elle est relative. Il y a une communauté de pensée dont ne bénéficie plus les pays d'occident. Ici, c'est plutôt une coalition de la dissolution, un abandon, un avachissement.

 

L'observateur du monde russe - Avez-vous des souvenirs littéraires sur la Russie ?

Jean-Marie Le Pen - J'ai lu les grands classiques comme tout le monde. Aujourd'hui, je ne me tiens pas au courrant de la production actuelle. Je connais les grandes lignes de la pensée littéraire russe.

Je dois vous dire, parmi mes amis russes, il y avait Boris Bajanov, l'ancien secrétaire de Staline, dans les premières années au politburo, de 1917 à 1922. Il est mort, il y a quelques années. J'ai connu aussi Ioussoupov. Je suis entrain de lire un roman de Volkoff "Alexandra", passionnant et il y à quelques chapitres consacrés à l'assassinat de Raspoutine par Ioussoupov.

Raspoutine s'efforce, par ses visions de détourner l'empereur de la guerre. Il lui dit : "Attention, si on fait la guerre ce sera la fin de la dynastie, ce sera la catastrophe." Puis, la guerre a eût lieu. Les guerres, qui ont coûté cher à l'Europe. L'Europe a été saignée à blanc. La plupart sont des jeunes hommes qui ont manqué ensuite. Cela a été une effusion de sang terrible.

 

L'observateur du monde russe - Quel regard avez-vous sur les événements qui se déroulent actuellement en Ukraine?

Jean-Marie Le Pen - Séparons les problèmes. Tout d'abord, la Crimée.

La Crimée, pour moi est indiscutablement russe. Et la seule personne qui l'avait mis en doute, c'est Khrouchtchev. C'est Khrouchtchev qui avait décidé de détacher l'Ukraine. On n'est pas obligé de croire que c'était un génie de la géopolitique. Le sentiment populaire a été démontré. Et je trouve que le Président Poutine a fait une démonstration de pratique démocratique qui était indiscutable.

Pour la population de l'Est ukrainien. C'est vrai que l'Ukraine est un pays composite, qu'il y a une différence entre Lvov et Donetsk. Qu'il y a une population qui se sent russe ethniquement et politiquement et de l'autre côté une population qui n'est pas russe, qui se sent plus européenne. C'est donc, alors, un défi historique dont pourrait sortir le pire. Et certains, on le voit, jouent le pire. Je ne sais quelle forme peut prendre une pacification du problème. Peut-être une forme fédérale, je ne sais pas. Sinon, je crains que, malheureusement, cela n'engendre des risques considérables d'affrontement.

Je comprends qu'on puisse avoir un ressentiment contre ceux de l'Est qui sont séparatistes, à la limite. Mais je crois que le Président Poutine a fait preuve de beaucoup de sang froid, de calme et je crois qu'il faut aussi attendre les résultats des enquêtes qui se font autour de l'avion qui a été abattu. Jusqu'ici, il y a un espèce de chorus de la calomnie qui s'exerce contre Poutine. C'est Poutine le coupable, quoi.

Je disais tout à l'heure en riant : il y a eût un très grave accident de la route en France. J'ai dit : "écoutez, il y a au moins une chose qui est sûre, c'est pas Poutine !"

Je crois encore que les attaques auront été attaquées avec une incroyable légèreté de la part des responsables occidentaux.

L'observateur du monde russe - Sans compter notre vice-ministre des affaires étrangères, M. Bernard-Henry Levy...

Jean-Marie Le Pen - Celui-là c'est un zigoto. C'est un hurluberlu. C'est un clown autoproclamé.

Non, ce qu'il faut regarder, c'est le discours d'Obama, le discours de Kerry. Ce sont des discours irresponsables. Puisque quand ils viennent nous dire "nous avons des preuves", on peut leur répondre : on connaît bien votre truc A chaque fois c'est la même chose. Vous n'avez pas sorti la petite bouteille cette fois-ci, car c'est là-dedans que devait être la fusée qui a abattu l'avion. Vous nous avez fait le coup plusieurs fois. C'est pas la première fois qu'ils jouent ça.

C'est très inquiétant. C'est pas sûr que ce soit en territoire indépendantiste. Ce qui est curieux c'est que l'hypothèse de la bombe a été écartée tout de suite. Non, non c'est un missile.

Première hypothèse : la bombe. C'est exclu.

Deuxième hypothèse : c'est un missile tiré volontairement, c'est pas eclu. Tiré accidentellement, c'est possible. Encore faut-il avoir ce type d'armement, car abattre ce type d'avion à 11 000 mètres à une vitesse de 900 km/h, ce n'est pas à la portée de n'importe quelle unité de fantassin. C'est du matériel lourd, extrêmement technique. Presque scientifique. Il m'étonnerai que la Russie ait confié un tel matériel aux gens de l'Ukraine de l'Est, qui n'en avait pas besoin.

Je n'exclu pas que la Russie ait fourni des matériel de courte et moyenne portée contre des avions ou des hélicoptères d'attaque. Mais ils sont hors d'état de toucher un long courrier. Je m'étonne aussi qu'on ait laissé survoler une zone dangereuse. Alors qu'il n'y avait qu'à faire un petit écart pour éviter une zone de combat. Je sais qu'il y a eût des précédents. Des erreurs, il y en a eût, même en France. Une caravelle, touchée par un missile de la marine.

Maintenant, on ne peut pas exclure un Macchiavel ayant voulu aggraver les tensions. En tous les cas, les griefs fait par des gens n'y connaissant rien sont toujours orientés contre la Russie, contre Poutine. C'est cela qui me donne la puce à l'oreille.

 

L'observateur du monde russe - Que pensez-vous de ces nouvelles méthodes de coup d'Etat, qui ont commencé en Serbie dans les années 2000 et qui utilisent des pseudos "révolutions populaires" ?

Jean-Marie Le Pen - On l'a vu au maghreb, où les américains ont procédé à des distributions massives de téléphones portables, qui sont des instruments de mobilisation et d'agitation populaires. Il est vrai que sans la prise de pouvoir insurrectionnelle de maïdan, il n'y aurait pas eût de problème. Pour l'instant en tout cas. Certes, je crois que Ianoukovitch n'était pas un parangon de vertu et qu'il n'était pas très populaire en Russie. Et vis-à-vis du gouvernement, il n'avait pas grande estime de la part de Poutine.

Il n'en reste pas moins qu'il était le président élu. Il a donc été renversé par une insurrection populaire. Ces gens de maïdan sont donc mal placés vis-à-vis de ceux qui se sont insurgés dans l'autre partie de l'Ukraine. Ce que je souhaiterais c'est qu'on appelle à un cessez-le-feu. Car quand les armes parlent on sait comment ça commence, on ne sait pas comment ça peut finir.

 

 

L'observateur du monde russe - Vous avez connu beaucoup de personnalités de l'immigration russe, qu'elle a été leur apport au mouvement national et patriotique français ?

Jean-Marie Le Pen - Tout d'abord c'était des gens de droite, même quand ils étaient d'origine populaire. Bon, des gens qui avaient émigré, c'étaient des gens qui avaient fui le système communiste et donc, a priori, ils étaient contre. Ils se sont facilement inséré dans la société française.

Mais je crois que la plupart d'entre eux, ceux que j'ai connu en tout cas, gardaient un attachement sentimental pour leur pays d'origine. C'est sûr, ils n'étaient pas indifférents. Tout le monde a considéré avec une stupéfaction miraculeuse les événements de 90, sans qu'on en ait trouvé absolument l'explication. Chez nous, la vierge de Fatima avait annoncé cela et donc pour les catholiques, les évènement avaient corroboré les prédictions célestes.

Je crois que les russes sont fidèles et loyaux à leur patrie d'adoption, mais restent attachés à la Russie. Le Grand-duc Vladimir était invité à mon mariage, alors ...

Mais quand j'étais en Russie, on m'a demandé si j'acceptais de rencontrer une personnalité russe, mais discrètement. J'ai vu un vieux monsieur qui m'a parlé, avec un interprète, qui m'a posé des questions très intelligentes sur la France. C'était Krioutchkov, le dernier chef du KGB soviétique. Il avait voulu rencontrer Jean-Marie Le Pen !